Par Patrice Fontaine
En 1968 le tennis change du tout au tout. C’est maintenant l’ère du tennis «open», c’est-à-dire que les tennismen professionnels et amateurs pouvaient s’affronter. En d’autres termes, ce fut la disparition des joueurs amateurs. Qui pouvait se permettre de refuser une bourse ?
Paris mai 1968. Normalement dans la capitale de la France au mois de Marie, le tennis est roi. Cette année-là, grèves, barricades et Daniel Cohn-Bendit retinrent l’attention. Cela n’empêcha pas les Internationaux de France d’être un succès aux guichets puisque plus de 120 000 spectateurs assistèrent au tournoi, malgré les problèmes de transport en commun et les pénuries d’essence. La finale masculine opposa Rod Laver à Ken Rosewall, ce dernier s’imposant en quatre manches. L’année suivante Laver prit sa revanche, liquidant Rosewall en trois manches, en route vers un deuxième grand chelem.
L’année 1974 à Roland-Garros est celle de la jeunesse. Bjorn Borg fut sacré champion à 18 ans, tandis que l’Américaine Chris Evert remporta le titre alors qu’elle n’avait pas encore 20 ans. Le succès de Borg popularisa le lift, un coup qu’il utilisa à profusion. À vrai dire un commentateur décrivant une rencontre de Borg faisait plus allusion au lift qu’un chirurgien esthétique à Hollywood.
Borg et Evert remportèrent le plus de titres des Internationaux de France : le Suédois, qui n’a subi qu’un seul échec sur la terre battue parisienne de 1974 à 1981, gagna six titres, alors que l’Américaine fut championne à sept reprises. En plusieurs occasions les deux survolèrent le tournoi tellement leur suprématie était grande.
L’un des moments forts de l’histoire récente du tournoi a été la victoire de Yannick Noah en 1983. Immédiatement après la balle décisive, la père de Noah sauta sur le terrain pour aller à la rencontre de son fils. C’est l’euphorie en France et pour cause : Noah devint le premier Français à gagner à Paris depuis Marcel Bernard en 1946.
Ce qui fait la magie de Roland-Garros c’est que n’importe quel inconnu peut être sacré champion. La preuve est dans les triomphes surprises de Wilander (1982), Chang (1989), de Gomez (1990) et de Bruguera (1993), aucun de ces joueurs n’étant favori au début de la quinzaine. Chez les dames l’histoire est différente. Depuis le début de l’ère open, la victoire revint presque toujours à l’une des cinq meilleures joueuses mondiales.